Affichage des articles dont le libellé est Tijuana. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tijuana. Afficher tous les articles

lundi 30 juillet 2007

De Tijuana à Los Angeles, les disparus de la frontière

Les clandestins d'un côté, los migras de la Border patrol de l'autre. Chaque année, plus d'un million de personnes traversent illégalement la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, y compris à Tijuana, où le mur américain et le no man's land gardé jour et nuit semblent pourtant infranchissables. Certains évoquent des complicités des policiers américains, achetés par les coyotes. Sur le mur mexicain, une fresque et des croix rappellent que plus de 400 personnes périssent chaque année en tentant de passer de l'autre côté.
De retour à Telemundo, j'ai découvert que le passage de la frontière donnait lieu à de fréquentes disparitions. De nombreuses familles sont sans nouvelles de proches, partis tenter l'aventure ou qui se sont perdus dans Los Angeles peu après leur arrivée. Cet extrait du programme En Contexto, le JT du journaliste Rubén Luengas, présente quelques uns de ces cas. En préparant mes interviews pour l'émission Reencuentro, je reçois quotidiennement les témoignages souvent déchirants de ces frères, parents ou amis qui continuent à espérer retrouver l'être cher, des années après.
En outre, j'ai le sentiment que toutes ces disparitions ne sont pas accidentelles. Dans la société mexicaine, où la famille prend une place essentielle, beaucoup n'acceptent simplement pas l'idée que leur proche se soit offert une nouvelle
vie - en coupant volontairement les ponts après son arrivée aux Etats-Unis.


lundi 23 juillet 2007

Tijuana - Les maquiladoras, zone de non-droit du travail

Jaime Cota est le fondateur de la CITTAC, une organisation qui aide les travailleurs des maquiladoras de Tijuana à faire valoir leurs droits devant les tribunaux. Je l’ai rencontré ce week-end, à l’occasion d’une visite organisée par un syndicat américain de San Diego.

LA C. : Qu’est-ce qui fait des maquiladoras de Tijuana des industries à part au Mexique?

J.C. : Vu l’importance économique de la frontière, les autorités acceptent de fermer les yeux sur des pratiques illégales. Par exemple, un bon nombre de ces entreprises ne respectent pas les réglementations sur la pollution. Alors que 85% des employés des maquiladoras sont des femmes, le harcèlement sexuel, très courant, reste souvent impuni. D'une manière générale les ouvriers des maquiladoras sont beaucoup moins bien payés et moins protégés que les employés des autres industries mexicaines. Ils ne sont souvent pas déclarés, et ne peuvent par conséquent pas bénéficier de la sécurité sociale.

LA C. : Qu’avez-vous obtenu en poursuivant ces entreprises ?

J.C. : Il est presque impossible de gagner face aux multinationales au niveau légal. Ce n’est souvent pas faute de preuve, mais la corruption est telle au niveau des tribunales laborales (les prud’hommes mexicains, NDR) que ces entreprises s’en sortent toujours. Notre camarade Rosa, une ouvrière de l’usine ACORN qui s’était vu reconnaître 40.000 Pesos d’indemnisation après des années de procédures, n'a jamais vu la couleur de cet argent.

LA C. : Comment pourrait-on protéger davantage les employés des maquiladoras ?

J.C. : Le droit du travail mexicain est assez élaboré. Respecter les lois actuelles serait déjà un progrès considérable. Il faudrait par exemple que les travailleurs puissent être représentés par leurs propres syndicats et non des organisations fantoches, avec des avocats de la direction comme délégués syndicaux. Une nouvelle loi devrait bientôt interdire les tests de grossesse avant l'embauche, une pratique courante ici.
Nous aurions cependant besoin de réglementations plus strictes pour nous aider à prouver que certains produits chimiques ont des effets négatifs sur les travailleurs, sans attendre trente ans, quand que tout le monde est déjà malade ou mort. Du fait de la sous-traitance en chaîne, les employés ignorent souvent totalement la nature des produits qu’ils manipulent. Dans ce genre d’usine, les ouvriers sont pris à l’essai : ils ne sont engagés que s'ils ont réussi à travailler au milieu des effluves chimiques, sans avoir jamais vomi de la journée.

(Propos recueillis et traduits par Matthieu Fauroux, auteur de LA Comunidad)

dimanche 22 juillet 2007

Tijuana - El Ejido Chilpancingo, dernière étape avant l'exil

C'est le genre de quartiers qui ont poussé comme des champignons ces vingt dernières années à Tijuana, dont l'aire urbaine connaît la plus forte croissance du Mexique. Les habitants de Chilpancingo, vaste amas de tôles construit sur un marécage, sont pour la plupart des travailleurs des maquiladoras. Ils viennent des états pauvres du Mexique et parfois de plus loin, du Nicaragua ou du Salvador.
Pour économiser les 9 pesos que coûte le trajet jusqu'à l'usine, les ouvriers du village empruntent à pied un chemin qui passe au beau milieu des ruines d'une ancienne usine d'incinération de plomb. Sur le site de la défunte Metales y Derivados, les batteries défoncées s'étalent encore à l'air libre, au milieu des tas blancs de poudre de métal toxique. Dans le sol de la communauté El Ejido Chilpancingo, on enregistre des taux de plombs 50 fois supérieurs à la limite autorisée par la loi.
A l'automne, quand les fortes pluies viennent gonfler les boues du marécage, un torrent se forme, emportant régulièrement le pont qui relie le village au reste de la ville. Mais l'idée qui obsède la plupart des esprits ici, c'est le passage de la frontière toute proche. A Chilpancingo, on vit avec l'espoir que les journées à l'usine et les nuits dans les cabanes de bric et de broc ne seront qu'une étape, avant l'eldorado nord-américain.